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Une égalité que le Québec doit rejeter

Jean-François Daoust

© theapricity.com

Il apparaît douteux, à première vue, de rejeter l’égalité en tant que valeur, peu importe le sens accordé à cette dernière. Or, l’égalité est un terme polysémique que l’on retrouve dans différents principes n’ayant rien à voir les uns avec les autres – les plus connus étant l’égalité des chances et l’égalité des sexes (voir notamment mon texte contre les politiques antiféministes des conservateurs). Mais doit-on accepter, de par la « noblesse » et le bagage culturel accordé à cette valeur, toutes les sortes d’égalité? Dans le cas du Québec, la réponse est négative. L’égalitarisme identitaire tel que véhiculé par le multiculturalisme canadien doit être rejeté par le Québec.

La conséquence inévitable d’un égalitarisme identitaire ou culturel – et tout le reste en découle – est que la majorité au cœur de la nation, dans le cas du Québec il s’agit de la majorité francophone, est juxtaposée au même pied d’égalité que les autres groupes minoritaires sans avoir plus de droits ou de devoirs. Vous êtes choqués? Probablement pas. Mais poussons un peu la réflexion par rapport à ce constat, qui jusqu’ici n’est pas matière à scandale. Qu’est-ce qu’implique le multiculturalisme et son égalité des différentes composantes de la société y compris sa majorité? Refuser que le statut de majorité confère plus de droits (et de devoirs) implique en premier lieu une égalité des langues, et donc au trépas de la loi 101.

Pourtant, la nécessité de la loi 101 fait bel et bien consensus au Québec. Lorsqu’on cherche à définir la nation québécoise, on ne peut se contenter de la caractériser par l’idée démocratique, la liberté de religion, le respect des droits de l’homme ou tout autre simple dénominateur commun de n’importe quelle société démocratique occidentale. La différence québécoise tient dans le fait que sa majorité ait vécu une histoire singulière et où le français prédomine. Il s’agit d’un rare sujet dépassant la question nationale; la très grande majorité des fédéralistes sont aussi d’accord avec la nécessité de la loi 101. Ainsi, le noble principe d’égalité se trouve donc à heurter la valeur la plus fondamentale des Québécois de même que le premier critère d’identification à la nation.

L’égalitarisme identitaire mène aussi à une égalité des histoires, et donc à la marginalisation du récit québécois. Pourtant, il est clair qu’une nation sans conscience, voire mémoire collective n’en est pas une. Il est tout simplement aberrant qu’on ne retrouve aucune fois le mot « nation » dans le programme du cours d’histoire québécoise tel qu’enseigné actuellement. Alors qu’Ottawa reconnaît (enfin) le Québec comme étant une nation, le gouvernement québécois, en appliquant le multiculturalisme et son égalité identitaire, réduit la nation à un groupe comme un autre au sein d’une société. Conscientiser les citoyens à l’histoire de leur nation, notamment par l’instauration d’un cours supplémentaire d’histoire québécoise au Cégep, apparaît donc impossible dans le cadre du multiculturalisme québécois.

Le modèle d’intégration canadien se reflète aussi au niveau culturel et ne correspond pas, encore une fois, avec la réalité québécoise. Je me réserve cependant cet aspect pour un autre billet. Mais pour illustrer le ridicule de ce qu’impliquerait le fait de respecter le principe de l’égalitarisme culturel, je vous laisse un exemple. Dans cette optique, il faudrait retirer la croix sur le mont Royal ou bien qu’on y ajoute une étoile de David et un croisant, en faisant une rotation au cours de l’année de façon à ce qu’aucun des symboles culturels (religieux, dans ce cas), ne détienne une place centrale[1].

Que ce soit pour des raisons linguistiques, historiques ou bien culturelles (et il y en a d’autres), le Québec ne peut se permettre d’adopter le modèle d’intégration canadien, soit le multiculturalisme, et son égalitarisme identitaire. Il faudrait donc tenter de développer un autre modèle d’intégration – excluant évidemment l’assimilationnisme de type étatsunien – correspondant mieux à la réalité québécoise. Suite à cette critique du multiculturalisme, je développerai sur un autre modèle, qui au-delà des présentations rhétoriques, se veut être une réelle alternative : l’interculturalisme.


[1] L’exemple, que je trouve personnellement excellent et parlant, a été donné par Lisée lors d’une entrevue en 2007.


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