Rechercher

Repenser le nucléaire sans Gentilly 2

Nicolas Bourgois

Alors que la fermeture de Gentilly 2 continue de susciter le débat au Québec, il est temps de se poser la question de savoir si le nucléaire est oui ou non une énergie d’avenir, ou si elle n’est qu’une fausse solution, comme l’affirment les écologistes.

Tout d’abord, précisons que l’énergie électrique est aujourd’hui une nécessité, non seulement économique, mais également humaine. Un monde écologique continuerait d’avoir besoin d’énergie électrique, écologie ne signifiant pas retour au moyen-âge. Cependant, nous constatons que nos besoins en énergie ne cessent d’augmenter et ce pour diverses raisons : croissance démographique galopante en Asie et en Afrique, industrialisation massive des pays en voie de développement, remplacement des énergies fossiles par le courant électrique dans les transports etc.

Devant cette augmentation exponentielle du besoin en énergie, plusieurs options sont ouvertes :

La première est la plus vertueuse est bien sur de miser sur les énergie renouvelables comme le solaire, l’éolien, l’hydrolien, l’hydrogène etc. Ces technologies sont cependant encore très coûteuses et demande une expertise en cours de formation. Cette voie a la particularité de ne pas être unilatérale, on ne se contente pas d’une simple structure qui ensuite alimente une région, il faut adapter une multitude de petites structures à leur environnement immédiat. Ainsi, on privilégiera l’éolien dans une région venteuse, le solaire dans une autre région plus ensoleillée et souvent la source d’énergie se trouve sur le lieu de consommation (comme lorsque l’on installe des panneaux solaires sur son toit). A l’heure actuelle, même les États les plus en avance ne peuvent apporter ce type d’expertise, ils peuvent tout au plus subventionner les particuliers intéressés par ce type d’énergie.

On se retrouve avec une production coûteuse à mettre en place, car inédite à cette ampleur, mais proposant un coût environnemental nul.

Une seconde voie est celle la moins enviable, c’est celle des énergies fossiles. Elle a l’avantage d’être unilatérale (une centrale = une production régionale), son expertise est totalement maîtrisée que se soit pour le gaz naturel, le pétrole ou le charbon. Les infrastructures de transport et de distribution existent et continuent de se développer (nouveaux oléoducs, gazoducs et nouvelles raffineries etc.) et, malgré un coût en constante croissance, la pénurie ne semble pas encore atteinte (il reste encore des tas de gisements sous les glaces de l’Arctique, de l’Antarctique, dans les pays du Sahel et au fond des océans…).

Seulement, nous savons désormais que ces énergies produisent des effets nocifs à l’échelle universelle. Ainsi, les rejets d’une centrale à charbon en Chine se répercutent de manière égale sur l’atmosphère de notre planète lorsque ceux-ci ne se concentre pas sur les pôles, formant des trous dans la couche d’ozone (bien que l’abandon des gaz CFC a grandement contribué à sa diminution).

Ainsi, le coût de production est-il bas alors que le coût environnemental est lui très élevé.

La troisième voie en est une intermédiaire. C’est celle de la filière nucléaire. Alliant un coût d’installation et de production moyen à un rejet gazeux nul (je précise bien gazeux, nous parlerons des déchets plus bas), cette énergie encore jeune, si on la compare à l’expertise du charbon et des autres énergie fossiles, est désormais maîtrisée.

La Guerre Froide et la peur de l’Atome ont causé beaucoup de tort à l’image de cette énergie, qui comme tout instrument, possède une face positive et une face négative. Cette dernière s’incarne par les images horrifiantes de la guerre du Pacifique et des champignons de fumée recouvrant les villes d’Hiroshima et Nagazaki. Ces actes barbares causés par les circonstances de la guerre mondiale méritent amplement une condamnation pour crime contre l’Humanité.

Cependant, derrière cette image, l’énergie nucléaire contrôlée (une bombe libère une énergie hors de contrôle) permet le meilleur ratio coût/bénéfice entre la quantité de matière nécessaire et la production d’énergie qui en est tirée. Un seul kilo d’uranium produit, en se fissurant, l’équivalent de près de vingt-trois tonnes de charbon1.

De plus, les centrales ne sont pas que des zones de production d’énergie, ce sont aussi les principaux endroits où l’on peut produire en toute sécurité et en ayant accès aux ressources requises, pour fabriquer les isotopes médicaux dont les hôpitaux et les chercheurs ont besoins pour toute une gamme de procédures allant de la stérilisation des instruments au traitement de certains cancers2.

Se pose alors le problème des déchets. Comme nous l’avons dit plus haut, l’énergie nucléaire est une énergie encore récente si on la compare à l’utilisation que l’Homme fait du charbon et du pétrole dans son Histoire. Cela signifie que la technologie entourant la maîtrise de cette énergie est en constante progression. Cette amélioration suit trois axes : la sécurité, la maximisation de la production et la minimisation des déchets. En 60 ans d’utilisation de l’uranium et du plutonium, nous en sommes déjà à la troisième génération de centrales atomiques. Chaque génération poursuit ces trois buts simultanément.

Ainsi, les nouvelles centrales de troisième génération (Evolutionary Power Reactor) sont-elles désormais conçues pour résister à des attaques terroristes de l’ampleur du 11 septembre 20013, ainsi qu’aux risques sismiques et autres dangers externes. A l’interne, la sécurité est elle aussi renforcée par de nouveaux mécanismes et une expertise plus poussée, qui n’a plus rien à voir avec celle des ingénieurs soviétiques de Tchernobyl.

En terme de productivité et de production de déchets, ces nouvelles générations de centrales permettent de réutiliser les déchets pour en tirer également de l’énergie (c’est ce l’on nomme le combustible MOX). Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de déchets, mais que leur masse diminue, ce qui réduit leur quantité à transporter et à stocker.

Le stockage reste bien évidement le plus gros problème. Selon un certains point de vue, dans un contexte où la pollution est inévitable, tant que les investissements en énergies propres ne seront pas complets et que la transition énergétique ne sera pas entièrement opérée, vaut-il mieux polluer à l’échelle mondiale (comme avec les gaz à effet de serre) ou bien uniquement au niveau locale dans des zones aménagées à cet effet. Un centre d’entreposage de déchets nucléaires fonctionne de la même manière qu’une décharge publique ; c’est une zone volontairement sacrifiée pour éviter une répartition du mal qui serait encore plus dommageable pour l’environnement.

Le véritable enjeu autour de cette question est : préfère t-on polluer dans l’espace ou dans le temps? Car si les gaz à effets de serres seront un jour entièrement filtrés par la biomasse végétale (qui se nourrit de CO24), la radioactivité des déchets sera  quant à elle à peine diminuée dans plusieurs millénaires.

Enfin, nous avons dit que cette énergie est un instrument à double tranchant, au même titre que les armes à feu. A qui réserve t-on la possession des armes à feu? A ceux qui sont capables de les maîtriser dans les limites instaurées par la puissance publique : policiers et militaires5. Ainsi, la privatisation du nucléaire est-elle à proscrire totalement, à l’inverse de ce qui fut fait au Japon dans la centrale de Fukushima ( propriété de la compagnie Tepco).

Alors, que penser de la production d’énergie par la filière nucléaire? Il est facile de dire que cette énergie est dangereuse et devrait être éradiquée. Seulement, cette affirmation est plus facile à faire depuis un territoire qui est déjà autosuffisant grâce à ses fabuleuses ressources hydroélectriques. Il n’en est pas de même pour de nombreux Pays dans le monde qui ne possède pas ce type de ressources accessibles. Dans le contexte de la transition énergétique, il faut voir l’énergie nucléaire comme un moindre mal, adapté aux pays ayant besoin de plus de temps pour effectuer ce saut historique et scientifique entre énergies fossiles (utilisées depuis près d’un siècle) et énergies renouvelables.

Dans le contexte québécois et plus généralement canadien, des investissements dans l’énergie nucléaire n’ont aucun sens. Cependant il existe un grand nombre d’autres contextes où ces investissements prennent sens. Certaines soit-disant avancées écologiques se sont soldées par des absurdités comme c’est le cas en Allemagne6. La décision du gouvernement d’abandonner le nucléaire a forcé le pays à se reposer sur sa production de charbon pour palier le manque7, ce qui fait de l’Allemagne le 4ème consommateur de charbon mondial pour la production d’énergie avec 46% de sa production électrique (soit 60% produite par des énergie fossiles). Bien que tempéré par certaines observations8, il n’en reste pas moins que le nucléaire comme solution intermédiaire à été sacrifié au profit d’une solution archaïque.

L’optimisation de la production écologique ne doit pas nous faire retomber dans les énergie fossiles, il faut trouver des énergies intermédiaires maîtrisées, et c’est en partie par l’énergie atomique que la transition sera possible lorsque les ressources ne sont pas immédiatement disponibles. Le développement des technologies de l’atome nous mène peu à peu à des technologie plus rentables et plus propres comme c’est le cas avec la fusion.

En attendant, partout où le nucléaire ne sera pas utile il ne devrait pas avoir lieu d’être, il n’est qu’une option, une béquille, un moindre mal en attendant de véritable investissement publiques dans les infrastructures énergétiques propres.

Le Québec n’a pas besoin de Gentilly 2, car il a ses barrages et ceux-ci sont amplement suffisants.

1http://mecano.gme.usherbrooke.ca/~mlacroix/ENERGIE/Exemple-U235-Charbon.pdf

2http://curriculum.cna.ca/curriculum/cna_nuc_tech/med_app_intro-fra.asp?bc=Applications%2520m%25E9dicales%2520introduction&pid=Introduction

3http://www.areva.com/FR/notreoffre-419/reacteur-epr-la-reference-en-termes-de-surete-et-de-performance-operationnelle.html

4Souvenons nous que l’atmosphère terrestre a déjà contenu un taux de gaz carbonique supérieur au taux actuel, selon la glaciologues.

5Je suis ici totalement normatif car je ne soutien aucunement la libre circulation des armes à feu au Canada ou aux États-Unis. Une abolition de leur possession par des civils seraient le mieux à faire. Même s’il est bon de rappeler que l’éducation est importante dans ce débat puisque tous les foyers suisses possède une arme a feu et que les tueries n’y sont pas monnaie courante…

http://www.lefigaro.fr/international/2011/02/13/01003-20110213ARTFIG00192-les-suisses-refusent-de-deposer-leurs-armes.php

6http://en.wikipedia.org/wiki/Electricity_sector_in_Germany?oldid=cur

7http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/24/allemagne-la-fin-du-nucleaire-passe-par-le-charbon_1592962_3244.html

8http://www.yannickjadot.fr/blog/presse/revue-de-presse/lallemagne-sort-du-nucleaire-sans-polluer-davantage


******
Les propos tenus dans cet article n'engagent que l'auteur et ne représentent pas nécessairement l'opinion du Démagogue.

Commentez via Facebook »


Ajoutez votre commentaire ci dessous, ou ajouter un rétrolien (trackback) vers votre propre site. Vous pouvez aussi suivre ces commentaires via RSS.

Veuillez SVP rester respectueux dans vos commentaires et opinions. Aucun spam ne sera toléré.

Vous pouvez utiliser ces tags:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>