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Présidentielle en Égypte, une victoire acquise du conservatisme

Nicolas Bourgois
© aswatmasriya.com

La Révolution est-elle trahie? C’est ce que se demandent plusieurs milliers d’égyptiens, à la suite du premier tour des élections présidentielles. Pour ces premières élections libres, deux candidats qui représentent chacun une face de conservatisme : l’un historique, l’autre religieux.

Le premier n’est autre que Ahmed Chafik, ancien ministre sous l’ère Moubarak (de l’aviation civile, puis du commandement des armées), qui obtient un score surprise de 23,6% au premier tour. Cette poussée inattendue d’un ancien apparatchik en a désarçonné plus d’un en Égypte, dont les partisans de l’ancien chef de la Ligue Arabe, Amr Mahmoud Moussa. Ce dernier, donné favori et apprécié des Occidentaux, aura finalement été totalement mis de côté par l’électorat égyptien.

Mais c’est son adversaire qui semble soulever le plus de questions. C’est en effet Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans, qui recueille le plus de voix avec 24,78 % des votes. Les Frères musulmans, organisation illégale sous Moubarak, occupe désormais une place centrale dans le paysage politique de l’Égypte post-révolution. Cette confrérie devenue un parti politique a su jouer de ses contacts et réseaux et sait se faire proche de le population égyptienne, pauvre et souffrante de disettes1, grâce à ses actions humanitaires.

Cependant, la jeunesse égyptienne est inquiète. C’est cette jeunesse sans emploi, sans avenir et pleine de rêves occidentaux, qui a déclenché la révolution en 2011, une jeunesse qui ne jure que par les médias sociaux, la démocratie et la laïcité. Or, la tendance actuelle en Égypte est loin de correspondre à leur idéal de démocratie. Dès la formation de l’Assemblée constituante, les partis islamistes se sont imposés comme des poids lourds politiques :

Selon l’AFP2, le parti des Frères musulmans  (le PLJ) a obtenu 47% des sièges. La deuxième formation politique est celle des fondamentalistes salafistes d’al-Nour (dont le nom signifie «la Lumière»), avec  24% des sièges. D’autres formations islamistes plus petites viennent combler les sièges restants et finissent de former une solide majorité islamiste à l’intérieur de laquelle les partis laïques peinent a trouver leur place. En effet, les élections législatives n’ont donné que peu d’espace aux mouvements libéraux comme le Wafd (9% des députés) ou encore le Bloc égyptien (7%)3.

L’élection de la seconde chambre, la Choura, dont le rôle est consultatif, donne une nouvelle fois la victoire au parti des Frères musulmans et aux salafistes d’al-Nour. Avec la présidence de leur côté, les islamistes risquent d’avoir toute la latitude pour mettre en place un régime fondé sur la Charria, ce qui effraie autant les jeunes égyptiens que les minorités, notamment les Coptes, chrétiens et victimes de discriminations et de violences depuis des décennies.

La démocratie a permis à ces mouvements religieux de se faire une place dans le paysage politique et dans le partage du pouvoir dans cet immense pays de 80 millions d’habitants, dont la moitié se trouve sous le seuil de pauvreté. La présidentielle montre bien le tiraillement entre la peur du changement (en votant pour un ancien du régime Moubarak) et la volonté d’obtenir une société fondée sur les valeurs musulmanes (avec le candidats des Frères).

À la différence des révolutions européennes, la dictature renversée était laïque et pro-occidentale (incluant une politique de reconnaissance d’Israël), ce qui explique que le changement ne peut se faire qu’à l’opposé de ces valeurs synonymes de torture et d’oppression. L’Égypte est un laboratoire pour les occidentaux, où ces derniers peuvent observer ce que donne une société musulmane dans un contexte démocratique. Nous saurons bientôt si ce peuple est mûr ou non pour ce régime exigeant que nous-mêmes avons parfois de la difficulté à respecter.

1 L’Égypte a particulièrement souffert de la crise alimentaire de 2007-2008 et des <<émeutes de la faim>> qui en ont découlé. Plus d’informations dans nos articles :

http://www.ledemagogue.com/on-ne-joue-pas-avec-la-nourriture/

http://www.ledemagogue.com/une-baguette-svp-et-la-democratie-si-vous-pouvez/

2 Source : nouvelle AFP
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gSAlEvvecm2wCDAfzrGjG_mNIqkw?docId=CNG.6244c31ca425344052138ca844634b25.c71

3Tiré de l’article : <<Où va l’Égypte?>>

http://www.ledemagogue.com/ou-va-legypte/


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