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Option nationale, Aussant et son discours économique : ce qu’il manquait aux souverainistes?

Jean-François Daoust

© www.optionnationale.org

La création de nouveaux partis politiques sur la scène provinciale va de pair avec les Congrès de fondation, où les militants se réunissent pour la première fois, élaborent une plateforme électoral pour éventuellement constituer un programme complet. N’en déplaise à François Legault et à la CAQ, on ne forme pas un gouvernement en se faisant élire sur cinq priorités vaguement explicitées. C’est cependant Option nationale, nouveau parti enregistré depuis seulement quelques mois à peine, qui a entamé le bal en fin de semaine dernière en tenant son congrès de fondation dans le comté de Nicolet-Yamaska, celui de sonchef Jean-Martin Aussant.

La priorité d’Option la nationale est claire : l’indépendance, et au plus vite! C’est d’ailleurs l’objet de litige qui a amené Aussant à couper les ponts avec le Parti Québécois qui selon lui se contredit en affirmant que la souveraineté est urgente et nécessaire tout en prévoyant la faire au fameux «moment approprié»[1].

Au cours de la fin de semaine, les militants se sont prononcés en faveur d’une nationalisation des ressources naturelles au moment où le développement du Grand Nord se met en branle. Dans un contexte de grève générale illimitée – qui affecte, au moment d’écrire ces lignes, plus de 65 000 étudiants -, il était impératif de se prononcer sur l’enjeu de la hausse des frais de scolarité. Au grand bonheur des délégués des fédérations étudiantes, Option nationale endosse officiellement une position contre la hausse, mais aussi une perspective de gratuité scolaire. Dans un tout autre ordre d’idée, les militants ont exprimé leur désir de réformer les institutions démocratiques québécoises, notamment par une réforme du scrutin électoral et en tenant des élections à date fixe.

Il s’agissait d’un Congrès d’urgence – vue la possibilité grandissante d’élections hâtives – et Option nationale n’a donc endossé qu’un nombre très restreint de positions sur peu de thèmes. On s’attendait néanmoins à ce que la jeune formation politique se distingue du Parti Québécois. En ce qui à trait aux ressources naturelles, les députés péquistes membres de la commission parlementaire sur la loi des mines en ont fait une véritable arène où ils tentent, entre autres, d’augmenter les redevances des compagnies minières. Par rapport aux frais de scolarité, le PQ est clair : aucune hausse n’est acceptable et un sommet sur le financement de l’éducation – pouvant déboucher sur une perspective de gratuité – doit être tenu[2]. Finalement, les réformes institutionnelles ont fait l’objet d’un Conseil national[3] durant une fin de semaine complète où non seulement le Parti Québécois a dit souhaiter des élections à date fixe et a proposé d’examiner le mode de scrutin, mai où il s’est aussi penché sur des questions concernant les «transfuges», le financement des partis politiques et les référendums d’initiative populaire, qui sont essentielles à une démocratie participative.

Quelle est donc la raison d’être de ce nouveau parti souverainiste, qui jubile tant  à l’idée d’attirer une poignée de péquistes et de solidaires? C’est une question qui reste ouverte. Je laisse les nouveaux 1400 membres y répondre.

Je peux cependant admettre qu’Option Nationale et Jean-Martin Aussant se distinguent sur au moins un aspect : leur discours économique. Le chef du nouveau parti revêt une crédibilité en matière d’économie  qui ne peut être remise en doute, tant par le Parti Québécois (Marois en avait fait le porte-parole en la matière) que ses adversaires fédéralistes. Aussant croit que ce qu’il manque pour rassurer les citoyens du Québec par rapport à l’idée d’indépendance, c’est un discours économique solide. L’importance de l’aspect culturel et identitaire pour le mouvement souverainiste? Minime. Il croit que les Québécois sont déjà convaincus sur ce point, que cela relève de l’évidence même, et qu’en ce sens les énergies doivent être canalisées sur l’économie.

Aussant est avant tout économiste. Prêcher pour sa paroisse, c’est tout à fait normal. Mais réduire ce qui manque aux souverainistes pour convaincre les citoyens du Québec de leur projet de pays au discours économique, c’est complètement dépassé. La génération de ma grand-mère a eu peur pour son argent et sa pension de vieillesse lors des référendums. Pas les baby-boomers. Encore moins les jeunes. Un sondage paru dans Le Devoir démontrait que même si seulement 32,2% des répondants croient que  la souveraineté ne se réalisera pas, 60% des Québécois estiment que le Québec a les ressources humaines, naturelles et le capital financier pour devenir un pays[4]. C’est à mes yeux un signe parmi tant d’autres illustrant que les souverainistes doivent relativiser le poids de l’enjeu économique puisque les Québécois, et même les fédéralistes, sont à majorité convaincus de la viabilité d’un Québec souverain. Je ne prétends pas connaître ce qu’il manque au mouvement, mais je jouerais davantage la carte identitaire comme l’ADQ en 2007 avant son élection d’opposition officielle et comme le faisais le Parti Québécois jusqu’à dernièrement.


[1] Article 1 du programme du programme Agir en toute liberté : «Le Parti Québécois a pour objectif premier de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d’une consultation populaire par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement.»

[2] Agir en toute liberté , 6.2, e)

[3] Le Conseil national sous la thématique «changeons la politique» s’est tenu les 27,28 et 29 janvier 2012

[4] Sondage commandé par le Bloc québécois, effectué entre le 11 et 15 mars 2009 auprès de 1 003 répondants et avec une marge d’erreur de 3,1%. On pourrait  m’objecter le fait que la date du sondage  fait en sorte qu’il n’est plus représentatif aujourd’hui, notamment car depuis mars 2009 plusieurs évènements dans le monde économiqueont été bouleversés. Or, les plus gros incidents avaient eu lieu et la crise financière avait déjà frappée. Les répondants étaient donc au courant de  l’instabilité économique mondiale.


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2 Commentaires »

  • john dit:

    Vous avez sagement choisie vos statistiques pour démontrer

  • john dit:

    Vous avez sagement choisie vos statistiques pour démontrer qu’une partie importante de la population crois déjà que le Québec a ce qu’il faut pour devenir souverain, mais vous etes un peu vite a discréditer sa campagne.

    Croyez-vous vraiment qu’il n’ait pas d’utilité à convaincre le 40% restant que c’est non-seulement possible, mais une économiquement favorable pour le Québec de devenir souverain? Je faisais parti de ce 40% auparavant et c’est le discours d’Aussant qui ma ouvert les oreilles. Alors que l’ADQ a toujours semblé sans substance à mes yeux…

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