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L’impasse des négos : questionnements

© Le Démagogue – Maximilien Dzikonski

Cette fin de semaine se déroulera un autre congrès de la Coalition Large de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE), que certains s’avanceront à qualifier de «décisif». En effet, compte tenu des récents développements entre la ministre de l’éducation et les fédérations étudiantes (FECQ et FEUQ), on peut considérer que les possibilités sont maintenant restreintes pour la Coalition, qui représente -et ce verbe ne sera pas remis en question ici- environ la moitié des grévistes, si celle-ci veut donner voix à ses membres jusqu’à une table de négociations. Résumons d’abord ce qui s’est passé.

Lundi, alors que les trois associations étudiantes nationales expriment des mandats clairs visant à se dissocier des actes de violence, le premier ministre Jean Charest exige de la CLASSE qu’elle les condamne si elle souhaite participer à une table de discussion avec les fédérations étudiantes et la ministre de l’éducation, Line Beauchamp, la CLASSE étant perçue comme «la plus radicale des trois organisations étudiantes» selon La Presse (1). La CLASSE, la FECQ et la FEUQ refusent à ce moment de condamner la violence, ne voulant pas se substituer aux tribunaux.

Jeudi, suite à un ultimatum de 24 heures de la ministre Beauchamp sommant les associations nationales de condamner «clairement» la violence et l’intimidation, la FEUQ publie un communiqué indiquant, selon Radio-Canada, qu’elle «condamne les actes criminels perpétrés par tout individu, qu’il soit étudiant ou non» et précisant qu’«elle a toujours dénoncé la violence au cours des manifestations», qui qu’en soient les victimes et les responsables, tout en continuant d’exiger la tenue d’une table de négociations et  l’invitation de «tout le monde». La FECQ publie aussi un communiqué dans lequel elle «dénonce et se dissocie des gestes de violence posés par certains policiers et certains étudiants» et défend que la fermeture du gouvernement et la judiciarisation du conflit ne font qu’aggraver la situation (2). Pour les représentants de la CLASSE, la démocratie étudiante continue de primer sur les ultimatums de la ministre, c’est pourquoi ils ne changent pas de position sur le sujet et se font un devoir d’attendre le prochain congrès.

Vendredi, on peut lire dans Le Devoir que «les deux grandes fédérations étudiantes ont accepté l’invitation de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, mais lui demandent d’attendre pour laisser le temps à la CLASSE de prendre position sur la question de la violence» lors de son congrès. Ainsi, il n’en tient maintenant qu’à la coalition, vraisemblablement, d’adopter un mandat de condamner ou de dénoncer la violence afin que ses étudiants puissent être représentés lors des négociations avec la ministre. Mais est-ce réaliste, compte tenu que cette situation n’est apparue qu’à partir du moment où les représentants des fédérations étudiantes ont dû briser le prétendu «front commun», c’est-à-dire trois jours avant la date prévue du congrès? Les associations étudiantes membres auront-elles eu le temps de re-consulter leurs membres sur la question en un peu moins de deux jours?

Questionnements face aux agissements des fédérations

Plus encore, étant conscients du rapport de force remarquable ayant lieu depuis le début de la grève entre les étudiants et le gouvernement, et du fait que le nombre de grévistes ne tend pas tellement à diminuer avec le temps, les représentants des fédérations étudiantes n’auraient-ils pas pu choisir d’opposer leur silence à l’ultimatum de la ministre Beauchamp? Après tout, si le gouvernement doit bien avoir un souhait en ce moment, ce doit être celui de mettre fin à la grève, qui lui coûte plus cher à chaque jour, et s’il veut qu’une majorité d’associations étudiantes cessent leur grève, il doit entamer des négociations; la ministre Beauchamp n’aurait donc probablement pas eu d’autre choix que de mettre de l’eau dans son vin au sujet d’une dénonciation qu’elle-même ne fait pas.

Ajoutons à cela que même si la FEUQ et la FECQ ne fonctionnent pas de la même manière que la CLASSE, elles auraient au moins pu, à défaut de simplement rester campées sur leurs mandats de dissociation, prendre le temps de consulter leurs associations membres sur la question, que ce soit en tenant une réunion ou un référendum. Je ne m’avancerai qu’un peu en disant que c’est probablement par des décisions venant du haut que certains en viennent à avoir un goût amer des «fédés».

On fait quoi, maintenant?

Maintenant que ces décisions ont été prises du côté des fédérations et que la CLASSE risque de perdre une des choses pour laquelle elle se bat depuis même avant la mi-février, à savoir la discussion avec le gouvernement, il faudrait probablement qu’elle adopte,  lors de son congrès, une position de dénonciation, au minimum, de certains actes de violence, comme l’a fait la FECQ cette semaine. Cela dit, étant donné le court délai qui a été laissé aux associations membres pour qu’elles tentent d’obtenir de nouveaux mandats, cette tâche pourrait se révéler ardue.

Pourra-t-il donc exister quelque part une marge de manoeuvre qui permette toute-de-même à la coalition d’adopter une position qui convienne à la ministre de l’éducation? C’est ce que nous aurons l’occasion de voir au retour du jour de la Terre.

Sources:

(1) : http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201204/16/01-4515819-la-classe-doit-condamner-les-actes-de-violence-dit-charest.php

(2) : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/04/18/002-etudiants-conflit-mercredi.shtml


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Les propos tenus dans cet article n'engagent que l'auteur et ne représentent pas nécessairement l'opinion du Démagogue.

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Un Commentaire »

  • Nicolas Bourgois dit:

    Ça s’est officiellement fait! 9h de débats pour en arriver là ;P

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