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Flics et itinérance : problème social, étatique ou médiatique?

Simon Lajoie

 

© Crédit photo : La Presse

© Crédit photo : La Presse

Un troisième sans-abri a été abattu sous le feu des policiers en trois ans :  Mario Hamel, Farshad Mohammadi et dernièrement Alain Magloire. Cela soulève plusieurs questions sociales. Est-ce que les policiers sont bien formés pour faire face à ce problème grandissant, est-ce que notre système de santé assure quand il est question de santé mentale? Devrions-nous désarmer nos policiers comme en Angleterre? Que faire avec les itinérants?

Dans mon titre je soulève trois problématiques. À mon avis, il s’agit des trois problèmes à la fois, mais celui médiatique n’est pas à négliger dans son impact. Les autres problèmes sont bien présents, mais sont amplifiés par les médias de masse en quête de sensationnalisme. Le problème majeur étant le manque de contexte et dans la présentation des faits. Le traitement de l’information est la force d’influence des médias. Sans dire, ils sous-entendent et laisse le destinataire interpréter les faits.

Prenons le cas d’Alain Magloire. Les médias se sont empressés de présenter le personnage comme étant un chercheur en biochimie dont la santé mentale a été atteinte après la consommation d’un comprimé d’ecstasy. La présentation de ce fait va chercher une certaine sympathie auprès de la masse. Par la suite, le Journal de Montréal, rapporte l’histoire touchante d’une des petites fille d’Alain Magloire qui « veut papa ». Comment cet homme respectable est-il devenu itinérant? Parce que c’est en effet bien « plus grave » un biochimiste père de deux fillettes qui se retrouve à la rue que le « p’tit  jeune » de 20 ans qui est sans-abri après avoir passé son adolescence à fuguer les centres jeunesse.

On a notre « gentil », mais que serait une construction médiatique qui se respecte sans l’intégration d’un « méchant »? Il est là le problème. Les médias recherchent toujours un « méchant » sur qui jeter le blâme. Pensons à la tragédie de l’Isle-Verte. Plusieurs personnes âgées meurent dans un incendie. C’est amplement suffisant pour susciter la sympathie du destinataire, mais il nous manque un « méchant » ou du moins un coupable. Qui est-ce? Les pompiers volontaires qui ont mis du temps à appeler un camion-échelle? Le bénéficiaire qui se serait allumé une cigarette? Ou bien encore le propriétaire sans scrupule qui n’a pas installé de gicleurs?

Revenons au cas d’Alain Magloire. Le « méchant » sélectionné par les médias est le jeune policier qui a ouvert le feu. C’est beaucoup plus chargé en symbole d’accuser un individu avec une arme à feu qu’un système. Les médias sont friands de tout ce qui est symbolique et c’est beaucoup plus facile d’identifier un individu en chair et en os, qu’une administration publique inefficace, un système mal instauré ou bien un problème de formation. Ça demande moins d’effort pour le présenter au public. Le policier est tangible, il a un nom, un âge, un sexe et porte sur lui des objets tout aussi tangibles. L’administration publique, les systèmes et la formation des policiers ça ne se touche pas, ça ne se voit pas. Ça exige donc un travail d’analyse qui peut être long. Il faut identifier les failles et idéalement trouver des solutions.

Nous voyons ce travail d’analyse que très rarement effectué par les médias. Nous vivons dans un monde où la nouvelle doit sortir rapidement et avant les autres. À quoi bon se casser la tête à faire une analyse si de toute façon la semaine prochaine on en parlera plus? Ce qui manque cruellement dans la couverture d’Alain Magloire, c’est le contexte. Un individu psychiatrisé, intoxiqué et du gabarit de cet individu armé d’un marteau aurait-il pu être neutralisé autrement avec les moyens à la disposition des policiers à ce moment? J’attends pleuvoir les critiques de partout. Tous s’entendent pour dire que le policier qui a tiré a fait un usage de la force trop important, mais je n’ai pas encore entendu la bonne réponse. Le policier devait faire quoi?

Dans ce billet, je refuse de prendre position à savoir si le policier a bien agit ou pas. Je n’ai pas les connaissances techniques pour cela, et comme les médias présentent que très peu le contexte, je ne l’ai pas non plus. Je vais accepter de prendre position une fois que j’aurai la réponse aux questions suivantes : que faisait Alain Magloire avec son marteau avant d’être tiré par le policier? Pour faire affaire à ce genre de situation qu’est-ce que les policiers apprennent à l’école? Plusieurs coups de feu ont été tirés, mais qu’elle est la pression nécessaire pour appuyer sur la détente après la dilatation des gaz du premier tir (n’oublions pas que le policier est sur le gros nerf)? Que fait un individu psychiatrisé laissé à lui même dans la rue? Le policier avait-il son arme dans les mains ou dans son étui avant de faire feu? Ça peut paraître un détail, mais si l’individu « attaque » (supposition, je ne sais pas ce qu’il faisait avec son marteau avant d’être tiré, il fabriquait peut-être une mangeoire à oiseau)  alors que l’arme à feu est déjà dans les mains du policier, il ne peut pas changer d’arme pour se défendre. Quand une personne est atteinte de troubles mentaux, comment le réseau de la santé la prend en charge?

Nous sommes maintenant au dénouement de notre construction médiatique. Les « méchants » ont été punis. Les policiers impliqués dans l’intervention ont été suspendus. De cette façon, nous sommes content et en prime l’État n’a pas besoin de régler le problème. Il va y avoir un rapport du coroner avec des recommandations qui vont dormir sur une tablette, les médias n’en parlerons pas puisque nous allons déjà avoir oublié. Nous allons oublier l’affaire Alain Magloire jusqu’à la prochaine fois qu’un sans-abri se fasse tirer par la police.


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