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Bilan de crise financière mondiale: Europe (1)

Nicolas Bourgois

© crédit : diplomacist.org

Les temps sont graves. Cela fait maintenant quatre ans que nous sommes en crise économique et l’année qui approche ne s’annonce guère plus favorable. La réalité canadienne est biaisée, c, mouvement libertarien car nous vivons encore très bien et nous ne sommes pas soumis à une austérité comme celle qui sévit en Europe. M. Éric Duhaime (fondateur du Reseau Liberté Québec, un mouvement libertarien) a en partie raison: la crise ne nous touchera pas, en raison des faibles endettements canadiens et québécois (qui ne cessent de diminuer grâce aux  ”soins1” de messieurs Harper et Charest). La situation canadienne n’est donc aucunement comparable à celle des pays dont je vais parler dans les articles qui suivent. Cependant, tôt ou tard, notre pays et nos provinces n’échapperont pas à une baisse de l’activité qui remettra forcément en cause nos acquis sociaux.

Mais commençons par le commencement, voulez vous?

Des États à sec…

Ce que l’on appelle crise, dans le contexte européen, peut être facilement résumé comme suit : des États-Providence, unis au sein de l’Union Européenne (UE), sont endettés à un niveau qui dépasse de très loin leur produit intérieur brut (PIB). Depuis  plusieurs décennies, les systèmes d’aide sociale sont financés à la fois par les impôts (qui, étant proportionnels, augmentent avec la croissance économique) sur les particuliers et les entreprises, mais de plus en plus par des prêts à des institutions financières par le biais d’obligations.

Les pays dont on parle le plus souvent sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, et des pays comme la France, la Belgique et les Pays-Bas semblent peu à peu entrer en ligne de mire.

Voyons ensemble quel est le taux d’endettement  des pays dont on parle le plus2:

Grèce : 123%3

Italie : 127%4

Espagne : 65%5

Portugal : 91%6

Irlande : 32%7

Chacune de ces dettes représente plusieurs centaines de milliards d’euros ( 1 euro= environ 1,40$ CAN). Mais ces dettes sont possédées, sous forme d’obligations, par les banques ou les institutions financières. Ces dernières  ont accepté de les acheter en échange d’un prêt auprès de ces États. Seulement, quand un État emprunte, il doit rembourser la somme en plus d’un intérêt qui est variable : plus le prêt s’étend à long terme, plus l’intérêt est bas et plus il y de risque à prêter, plus il augmente. Ce sont Ces deux tendances qui gouvernent tout produit économique (actions, assurances, obligations etc.) : les facteurs de fluctuation du taux d’intérêt les plus importants sont donc être la durée et le risque.

Si ces pays n’ont pas eu de problème à emprunter depuis tant d’années, c’est que les marchés financiers ne se préoccupent pas du marché obligataire. En théorie, un État ne peut pas faire faillite, c’est donc un marché sécuritaire comportant peu de risques (d’où un taux de rendement habituellement faible sur les obligations). Seulement, avec la crise des sub-primes et la crise économique de 2008, beaucoup de pays sont entrés en récession. Ils ont donc  emprunté plus d’argent sur les marchés afin de relancer leur économie respective par divers plans de relance, comme le prévoit la théorie keynésienne8. Ces plans ont effectivement fonctionné, certes pas aussi bien qu’on  que l’on espérait, mais suffisamment pour sortir de la récession de 2008 mais au prix  d’un accroissement de l’endettement: sauver les banques de la faillites a coûté très cher à nos États.

Quand la Finance spécule sur du vide

Arrive alors un nouveau type de produits financiers jusque là inconnu : les Crédits Default Swap (CDS) Ce sont des produits dits ”dérivés” du même type que les sub-primes de 2008. Pour rester simple, disons qu’un CDS est une assurance qu’une institution peut prendre au cas où son client ne rembourserait pas. Plus les risques de faillite augmentent, plus l’assurance coûte cher. Et devant des dettes obligatoires d’États européens, ces produits firent un ravage, les banques prêtant de l’argent aux États tout en pariant contre eux qu’ils ne pourraient pas rembourser, dans un manège hypocrite de pur spéculation.

Mais ces produits et leur application aux dettes européennes permirent de mettre en lumière les difficultés et la fragilité de certaines économies de l’UE, souvent basées sur une seule ressource : la finance en Irlande, l’immobilier en Espagne et au Portugal. D’autres, comme la Grèce,ne dispose que d’un État faible avec  peu d’argent publique (la récolte d’impôts en Grèce est un défi pour le gouvernement et les plus riches ne sont pas taxés). Commença alors une attaque spéculative sur l’Euro et sur la dette de ces pays, à savoir lequel craquerait le premier et jusqu’où les CDS pourraient  monter.

Ainsi les économies moribondes se retrouvent-elles dans des situations pires qu’avant, puisque l’État-Providence, pour continuer à subventionner ses industries en pleine sortie de crise, doit désormais emprunter à des taux de plus en plus hauts. Les États européens sont aujourd’hui asphyxiés sous ces taux astronomiques. Par exemple, pour emprunter de l’argent sur une seule année, le Gouvernement grec doit rembourser à un taux…supérieur à 200%!9. Pour plus d’informations sur les divers taux d’emprunt des pays, notamment sur ceux des CDS, jetez un coup d’œil à nos sources10.

Dépenser pour perdre moins…

Donc voilà la situation; les États-Providence doivent enfin payer l’addition de leurs frais sociaux (assurances-chômage, santé et éducation gratuites, plans de relance de l’économie, etc.). Ces États, ayant privatisé leurs anciennes sources de revenus externes (sociétés d’État comme la loterie ou l’électricité, la poste, etc.)  ne peuvent donc plus compter que sur les contribuables via les impôts. Ainsi les États en crise et ceux en passe de l’être (France, Belgique, Grande-Bretagne etc.) augmentent-ils leurs revenus (hausse des impôts) et diminuent-ils leurs dépenses (baisse du chômage, hausse des frais de scolarité et de santé, etc.) afin de réduire leur  déficit.

Mais le chien se mord la queue, car comme aiment à le répéter les gens de la trempe d’Éric Duhaime , les impôts n’encouragent pas la création d’entreprises et défavorisent la croissance. Sans croissance, moins d’impôts, et il faut alors de nouveau les augmenter par le biais de nouveaux ”plans d’austérité”. C’est la même méthode que celle employée par le FMI pour récupérer son argent dans les pays surendettés d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Le cycle infernal continue.

Alors, quelles sont les solutions envisagées par l’Union Européenne pour sortir de cette crise de la dette?

  • La première est de mutualiser la dette, c’est à dire de prendre les dettes de tous les États de l’UE et d’émettre des obligations UE (eurobonds) pour payer la dette de tout le monde. Le seul inconvénient à cette méthode et qu’ émettre ces eurobonds, c’est courir le risque que le Marché n’ait pas confiance en ces derniers et que leurs taux d’intérêts s’envolent comme ceux de la Grèce… Le seul État qui peut empêcher ça, c’est l’Allemagne, dont les taux restent inchangés depuis le début la crise, car son économie n’a que peu souffert de la récession de 2008. Sa force étant son industrie diversifiée qui ne cesse d’exporter partout dans le monde. Seulement, l’Allemagne refuse que sa crédibilité (son absence de risque) serve à cautionner tous les mauvais gestionnaires et autres gouvernements endettés qu’elle juge  comme ayant été irresponsables (c’est un peu la fable de la Cigale et de la Fourmi de Jean de La Fontaine11).

  • Deuxième solution, actuellement en cours d’application:  la création d’un Fond Européen de Stabilité Financière (FESF)1213. Cette institution d’un genre particulier va acheter les obligations des pays endettés et ainsi concentrer toutes les dettes en une seule, tout en émettant elle-même des obligations. Ça ressemble à la première solution, mais cet acte est uniquement économique, et non politique, et n’engage donc pas la crédibilité de l’Allemagne. Cependant, le FESF disposera de pouvoirs encore inédits : il pourra ordonner aux États de lui verser de l’argent, sans quoi ceux-ci pourront être poursuivis par la Cour de Justice Européenne, ce  fond étant quand à lui non soumis à la Justice! Il sera donc tout puissant. D’aucuns craignent l’instauration d’une dictature des marchés 14

  • Il existerait une troisième solution : la suppression de la dette. Cette solution a été partiellement tentée pour le cas de la Grèce, dont 60% des dettes dues aux banques ont été annulés. Cependant, la majorité de ces banques sont françaises et allemandes et la suppression totale  de la dette des pays fragilisés (Espagne, Irlande, Portugal,etc.) provoquerait la faillite de ces institutions, qui sont parmi les plus grandes du monde (comparables à Goldman Sach, Citigroup, Bank of America, etc). Ces banques sont dites ‘‘trop grosses pour tomber”, car leur chute provoquerait un krach du système, comme la chute de Lehman Brothers, en 2008, avait provoqué la crise.

Pour l’instant, la situation en est là en Europe. Nous verrons comment elle évolue dans les semaines et mois à venir. L’article suivant aborde la situation la plus grave et la plus proche de nous, celle qui risque de nous concerner directement dans les mois  à venir: la crise de la dette américaine.

 

Post-scriptum : Je précise que je ne suis aucunement économiste et que donc, toute personne souhaitant rectifier les faits ou les fonctionnements décris dans cet article est la bienvenue. Je l’invite à inscrire son commentaire et à préciser ses points de  désaccords ou  précisions. je réviserai l’article en conséquence. Ce dernier se veut avant tout une œuvre de vulgarisation à l’usage des gens peu informés des actualités économiques. Merci d’avance!


1Nous ne discuterons pas ici d’Éthique mais des faits. Pour connaître mon avis, se référer à :

http://www.ledemagogue.com/je-suis-indigne-tu-es-indigne-nous-sommes-les-indignes/

2 Pour une liste de tous les pays, consulter ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pays_par_dette_publique

3 http://www.latribune.fr/diaporamas/actu-en-images/economie/les-pays-du-monde-les-plus-endettes.html?picture=2-rome-sous-l-empire-de-la-dette#diaporama

4 Idem 1

5 http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/16/la-dette-publique-espagnole-se-creuse-au-deuxieme-trimestre_1573146_3234.html

6 Idem 1

7 http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/09/30/l-irlande-s-attend-a-une-explosion-de-son-deficit-public-en-raison-du-sauvetage-de-l-anglo-irish-bank_1417990_3214.html

8 Keynes est l’économiste qui a réformé l’économie mondiale après la Crise de 1929 : sa théorie préconise le fait de monter les impôts en période de croissance pour enrichir l’État et pouvoir financer l’État-Providence, et de les baisser tout en investissant en période de récession afin de relancer la machine. Il préconise donc un interventionnisme très mal vu par les néolibéraux et autres libertariens, pour qui le Marché se relance tout seul.

9 http://www.jovanovic.com/blog.htm

10 http://minuit-1.blogspot.com/p/statistiques-indicateurs-taux.html#taux

11 http://www.youtube.com/watch?v=-EmwAKHTzAk

12 http://www.liberation.fr/economie/01012366566-tout-comprendre-au-fesf

13 http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf

14 http://www.dailymotion.com/video/xllzal_olivier-delamarche-le-fesf-mes-c-est-la-dictature-des-banquiers-11-10-2011-bfm-business-11-octobre-2_news


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